AIPSS – Evaluation des habiletés à résoudre des problèmes interpersonnels

Le test d’évaluation des habiletés à résoudre des problèmes interpersonnels (AIPSS – Assessment of Interpersonal Problem-Solving Skills) vise à évaluer les déficits des performances cognitives et comportementales que des personnes peuvent présenter dans des situations interpersonnelles difficiles; c’est-à-dire dans les situations entre deux personnes dans lesquelles une personne empêche la seconde d’atteindre un but désiré. La personne confrontée à l’obstacle devra déterminer la nature du problème, trouver une solution appropriée et accomplir cette solution de façon socialement acceptée et effective. En exemple d’une telle situation pourrait être :

Scène de démonstration pour se familiariser avec le test

Vous vous présentez à un entretien de candidature à l’heure indiquée. Vous dites à la réceptionniste : « Bonjour, je suis Jean Durand et je viens pour un entretien avec M. Dupont ». La réceptionniste vous répond : « Je suis navrée mais M. Dupont est absent pour la journée ».

Le problème est que vous désirez avoir cet entretien de candidature, mais la réceptionniste a mis un obstacle qui vous empêche d’accomplir votre but : vous apprenez que votre interlocuteur est absent. Vous passez en revue différentes solutions : vous pouvez vous en aller et rappeler plus tard; vous pouvez demander s’il y a une autre personne à qui vous pouvez parler; vous pouvez laisser un message à M. Dupont pour qu’il vous rappelle; vous pouvez vous mettre en colère contre la réceptionniste et relever que M. Dupont est un employeur qui manque de considération pour les gens. Toutes ces solutions conduisent à des conséquences positives et/ou négatives. Vous devez alors choisir l’alternative qui vous paraît la meilleure et la transmettre au travers de comportements. La plupart de ces solutions implique que vous disiez quelque chose à la réceptionniste et le résultat sera influencé à la fois par ce que vous dites et comment vous le dites. Ainsi le contenu et les éléments non-verbaux de la performance sont des éléments qui vont déterminer la façon dont vous allez atteindre le but désiré.

Cette analyse conçoit les habiletés sociales selon un modèle de résolution de problèmes. Pour commencer, vous devez reconnaître l’existence d’un problème. Cela fait appel aux capacités perceptives qui permettront l’identification du problème. Vous devez aussi conceptualiser le problème en comprenant quels sont le but et l’obstacle. L’identification et la définition du problème sont des habiletés réceptives. L’étape suivante comprend des processus complexes de traitement de l’information au niveau cognitif parmi lesquels il faut prendre en considération différentes solutions, anticiper et évaluer les conséquences et choisir la solution qui paraît la meilleure. Il s’agit d’habiletés de traitement de l’information. Pour terminer, vous devrez transformer en comportements la solution choisie. Les habiletés motrices comprennent le contenu (choisir les éléments corrects à dire ou faire), et la performance non verbale (comment vous le faites ou vous le dites). La performance non verbale comprend le contact visuel, le volume de la voix, la posture, les gestes, l’expression faciale, le rythme du langage, etc.

L’article original des auteurs qui ont développé l’outils présente l’AIPSS, un instrument destiné à évaluer les compétences de résolution de problèmes interpersonnels chez les personnes souffrant de schizophrénie. L’évaluation repose sur de courtes scènes vidéo montrant des situations sociales ordinaires, dans lesquelles un problème relationnel peut ou non être présent. Après chaque scène, la personne doit d’abord reconnaître s’il existe un problème, puis expliquer ce qui se passe en identifiant le but poursuivi et l’obstacle rencontré. Elle doit ensuite indiquer ce qu’elle dirait ou ferait dans cette situation, avant de mettre sa réponse en acte dans un bref jeu de rôle avec l’examinateur.

L’AIPSS distingue trois dimensions principales des habiletés sociales. La première concerne la réception de l’information sociale, c’est-à-dire la capacité à percevoir et comprendre le problème. La deuxième concerne le traitement de l’information, soit la capacité à choisir une réponse adaptée. La troisième concerne l’émission de la réponse, qui tient compte à la fois du contenu verbal, du ton, de la posture, du contact visuel et de l’efficacité globale de l’intervention. L’intérêt de cet outil est donc de ne pas évaluer les habiletés sociales de manière globale, mais de repérer plus précisément où se situe la difficulté.

L’étude montre que les patients schizophrènes présentent des déficits dans ces différentes dimensions lorsqu’ils sont comparés à des personnes sans trouble psychiatrique. Les résultats soutiennent l’idée que les difficultés sociales peuvent être comprises comme des troubles du traitement de l’information sociale, depuis la perception du problème jusqu’à la production d’une réponse adaptée. L’AIPSS apparaît ainsi comme un outil utile pour la recherche et pour la réhabilitation psychosociale, car il permet d’orienter plus finement les interventions d’entraînement aux habiletés sociales.

Vers les scènes d’évaluation

Cet article présente l’adaptation en Suisse romande de l’AIPSS et du programme TIPSS, deux outils développés à UCLA pour évaluer et entraîner les compétences de résolution de problèmes interpersonnels chez les personnes souffrant de schizophrénie. Les auteurs rappellent que les difficultés relationnelles restent fréquentes même lorsque les symptômes psychotiques sont stabilisés par le traitement. L’AIPSS permet d’évaluer ces difficultés à partir de courtes scènes vidéo, en distinguant la capacité à percevoir un problème social, à choisir une solution adaptée et à mettre cette réponse en acte de manière socialement acceptable. L’adaptation francophone a nécessité quelques modifications culturelles afin que les situations soient plus proches du contexte suisse et européen, notamment en accordant davantage de place aux relations affiliatives et à l’intimité. Le programme TIPSS entraîne les patients à décrire une situation, définir le problème, générer plusieurs solutions, en évaluer les conséquences positives et négatives, puis jouer la réponse choisie dans des exercices de rôle. Les études pilotes menées à Genève montrent que cette approche est faisable avec des patients francophones et qu’elle améliore leurs performances à l’AIPSS. Ces progrès se maintiennent lors du suivi, ce qui suggère une certaine généralisation des apprentissages. Les auteurs concluent que ces méthodes peuvent être intégrées dans les pratiques de réhabilitation psychiatrique en contexte francophone et qu’elles modifient aussi le regard des soignants, en les aidant à percevoir les patients comme capables d’apprentissage, de progression et de rétablissement.