L’échelle d’expérience temporelle du plaisir (EETP); Temporal Experience of Pleasure Scale (TEPS) est une échelle d’auto-évaluation qui mesure deux dimensions du plaisir : le plaisir anticipatoire, c’est-à-dire la capacité à se représenter et attendre avec plaisir une activité future, et le plaisir consommatoire, c’est-à-dire le plaisir ressenti pendant l’activité elle-même. Dans la schizophrénie : les patients rapportent souvent moins de plaisir que les sujets contrôles lorsqu’on les interroge de manière générale, mais les mesures réalisées « sur le moment » montrent qu’ils peuvent ressentir autant de plaisir que les autres lorsqu’ils sont effectivement engagés dans une activité agréable. La difficulté pourrait donc se situer davantage dans l’anticipation du plaisir que dans l’expérience immédiate du plaisir. La validation de la version française de la TEPS montre qu’elle possède des caractéristiques psychométriques proches de la version originale. L’étude confirme l’intérêt de distinguer le plaisir anticipatoire du plaisir consommatoire dans la schizophrénie. Cette distinction est cliniquement utile, car elle suggère que certaines interventions psychosociales devraient cibler la capacité à désirer, imaginer et anticiper des activités agréables, plutôt que seulement chercher à augmenter le plaisir pendant l’activité. Les principales limites de l’étude sont la petite taille de l’échantillon de patients et la sous-représentation des hommes dans le groupe contrôle.

Mode d’emploi de cotation de l’EETP

L’EETP est un autoquestionnaire de 18 items. Il mesure deux dimensions du plaisir : le plaisir anticipatoire, c’est-à-dire le plaisir éprouvé en imaginant ou en attendant une activité agréable future, et le plaisir consommé, c’est-à-dire le plaisir ressenti au moment même d’une expérience agréable. L’article de validation française précise que l’échelle comprend 10 items de plaisir anticipatoire et 8 items de plaisir consommé. Chaque item est coté de 1 à 6 :

RéponseScore
Très faux pour moi1
22
33
44
55
Très vrai pour moi6

Le document de passation présente bien cette échelle de réponse allant de « 1 Très faux pour moi » à « 6 Très vrai pour moi ».

1. Vérifier les réponses

Chaque item doit recevoir une seule réponse entre 1 et 6. Il n’y a pas d’item à inverser dans cette version française. Tous les items sont formulés dans le sens du plaisir : plus le score est élevé, plus la capacité de plaisir rapportée est élevée.

2. Calculer le score de plaisir anticipatoire

Additionner les items suivants : 3, 4, 7, 8, 11, 12, 14, 15, 16, 18. Le score de plaisir anticipatoire varie donc de 10 à 60. Un score élevé indique une bonne capacité à se réjouir à l’avance, à imaginer le plaisir futur ou à anticiper positivement une activité agréable.

3. Calculer le score de plaisir consommé

Additionner les items suivants : 1, 2, 5, 6, 9, 10, 13, 17. Le score de plaisir consommé varie donc de 8 à 48. Un score élevé indique une bonne capacité à ressentir du plaisir dans l’expérience immédiate, sensorielle ou corporelle.

4. Calculer le score total

Additionner les 18 items. Le score total varie de 18 à 108. Un score total élevé indique une capacité globale plus élevée à éprouver du plaisir, à la fois dans l’anticipation et dans l’expérience immédiate.

5. Interprétation

Un score bas au plaisir anticipatoire suggère une difficulté à se projeter dans des activités agréables, à désirer ou à se réjouir à l’avance. C’est cette dimension qui, dans l’étude de validation française, différencie les patients avec schizophrénie des sujets témoins. Un score bas au plaisir consommé suggère une difficulté à éprouver du plaisir pendant l’activité elle-même. Dans l’étude de validation, les patients ne différaient pas significativement des témoins sur cette dimension, ce qui soutient l’intérêt de distinguer plaisir anticipatoire et plaisir consommé. Les scores s’interprètent de manière dimensionnelle et comparative : évolution dans le temps, comparaison entre les deux dimensions, ou repérage d’un domaine à travailler cliniquement.

Résumé des formules

ScoreItemsÉtendue
Plaisir anticipatoire3, 4, 7, 8, 11, 12, 14, 15, 16, 1810 à 60
Plaisir consommé1, 2, 5, 6, 9, 10, 13, 178 à 48
Score totalTous les items 1 à 1818 à 108

L’échelle de plaisir interpersonnel anticipé et consommé, Anticipatory and Consummatory Interpersonal Pleasure Scale (ACIPS) est une échelle spécifiquement conçue pour évaluer la capacité hédonique liée au plaisir social et interpersonnel, a été utilisée pour évaluer la présence d’une anhédonie sociale chez des patients ainsi que dans la population générale. Les résultats de l’étude de validation française montrent que la version française de l’ACIPS est une échelle utile et valide pour mesurer la capacité à savourer différents types de relations sociales.

Mode d’emploi de cotation de l’ACIPS — version française

L’ACIPS est une échelle d’auto-évaluation en 17 items qui mesure la capacité hédonique liée au plaisir social et interpersonnel. Chaque item est coté sur une échelle de 1 à 6, allant de « très faux pour moi » à « très vrai pour moi ». Le score total peut varier de 17 à 102 ; un score bas indique une probabilité plus élevée d’anhédonie sociale.

1. Attribuer les valeurs aux réponses

Pour chaque item, attribuer le score suivant :

RéponseScore
Très faux pour moi1
Modérément faux pour moi2
Légèrement faux pour moi3
Légèrement vrai pour moi4
Modérément vrai pour moi5
Très vrai pour moi6

Le questionnaire demande de répondre à tous les énoncés, de choisir une seule réponse par item, et, si la personne n’a jamais vécu l’expérience décrite, de se référer à l’expérience la plus similaire.

2. Inverser l’item 3

L’item 3 est le seul item formulé négativement : « Je ne me réjouis pas vraiment des rencontres ou réunions de famille ». L’article signale explicitement que cet item est le seul item négatif et qu’il peut être plus difficile à comprendre.

Il faut donc le recoder avant le calcul du score total et des sous-scores :

Score initial item 3Score recodé
16
25
34
43
52
61

On peut noter cet item recodé : 3R.

3. Calculer le score total

Le score total est la somme des 17 items, après recodage de l’item 3.

Formule :

Item 1 + item 2 + item 3R + item 4 + item 5 + item 6 + item 7 + item 8 + item 9 + item 10 + item 11 + item 12 + item 13 + item 14 + item 15 + item 16 + item 17

Étendue possible : 17 à 102.

Un score élevé indique une meilleure capacité à éprouver du plaisir dans les relations sociales et interpersonnelles. Un score faible indique davantage d’anhédonie sociale probable.

4. Calculer les trois sous-scores

La validation française soutient surtout une structure à trois facteurs : interactions sociales intimes, interactions sociales de groupe, et lien social / établissement de connexions. Le modèle à un facteur et le modèle à deux facteurs anticipation-consommation s’ajustent moins bien aux données que le modèle à trois facteurs.

Sous-scoreItemsÉtendue brute
Interactions sociales intimes2, 3R, 6, 7, 9, 10, 14, 178 à 48
Interactions sociales de groupe1, 4, 11, 134 à 24
Lien social et établissement de connexions5, 8, 12, 15, 165 à 30

Comme les sous-échelles n’ont pas le même nombre d’items, il est souvent plus lisible de calculer aussi une moyenne par sous-score. Dans ce cas, on divise le sous-score brut par le nombre d’items de la sous-échelle. Chaque moyenne varie alors de 1 à 6, ce qui permet de comparer plus facilement les domaines entre eux.

5. Interprétation

Un score total élevé suggère une capacité préservée à anticiper ou éprouver du plaisir dans les relations sociales. Un score total bas suggère une anhédonie sociale plus importante. Les sous-scores permettent d’identifier plus finement les domaines concernés : plaisir dans les relations proches, plaisir dans les contextes de groupe, ou plaisir lié au fait d’entrer en contact et de maintenir des liens. L’échelle peut être utilisée pour repérer un profil de difficultés, suivre l’évolution dans le temps ou évaluer l’effet d’une intervention psychosociale, mais elle ne suffit pas à poser un diagnostic à elle seule.



L’inventaire des croyances au sujet de savourer,  Savoring Beliefs Inventory (SBI), est un instrument conçu pour évaluer les attitudes à l’égard de la capacité à savourer les expériences positives selon trois orientations temporelles : le passé, sous forme de réminiscence ; le moment présent, sous forme de plaisir présent ; et le futur, sous forme d’anticipation. La version française du SBI constitue une échelle valide et utile pour mesurer les attitudes relatives à la capacité de savourer les expériences positives, qu’elles soient anticipées, remémorées ou vécues dans le moment présent.

Mode d’emploi de cotation du SBI — version française

Le SBI comprend 24 items cotés de 1 à 7, de « fortement en désaccord » à « fortement d’accord ». Il évalue les croyances concernant la capacité à savourer les expériences positives selon trois dimensions temporelles : l’anticipation, le plaisir du moment présent et la réminiscence. Chaque dimension comporte 8 items. 

1. Vérifier que tous les items sont cotés : Chaque item doit recevoir une note entre 1 et 7. Le questionnaire ne prévoit pas de bonne ou de mauvaise réponse ; la personne répond selon ce qui lui correspond le mieux. 

2. Identifier les items positifs et négatifs : Les items positifs sont ceux où un accord élevé indique une bonne capacité à savourer. Items positifs : 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23. Les items négatifs sont ceux où un accord élevé indique une difficulté à savourer ou une attitude défavorable envers le fait de savourer. Items négatifs : 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24

Le score se calcule en soustrayant la somme des items négatifs à la somme des items positifs. 

3. Calculer les trois sous-scores

Anticipation du plaisir
Items concernés : 1, 4, 7, 10, 13, 16, 19, 22. Calcul : (1 + 7 + 13 + 19) – (4 + 10 + 16 + 22)

Ce score reflète la capacité à se réjouir à l’avance d’un événement positif.

Plaisir du moment présent
Items concernés : 2, 5, 8, 11, 14, 17, 20, 23. Calcul :(5 + 11 + 17 + 23) – (2 + 8 + 14 + 20)

Ce score reflète la capacité à profiter d’un événement positif lorsqu’il est en train de se produire.

Réminiscence du plaisir
Items concernés : 3, 6, 9, 12, 15, 18, 21, 24. Calcul : (3 + 9 + 15 + 21) – (6 + 12 + 18 + 24)

Ce score reflète la capacité à se remémorer les expériences positives passées et à en retirer du plaisir. 

4. Calculer le score total

Le score total se calcule de la même manière :

Somme des items positifs – somme des items négatifs. Soit : (1 + 3 + 5 + 7 + 9 + 11 + 13 + 15 + 17 + 19 + 21 + 23) moins (2 + 4 + 6 + 8 + 10 + 12 + 14 + 16 + 18 + 20 + 22 + 24)

5. Étendue possible des scores

Pour chaque sous-score, l’étendue possible va de –24 à +24.

Pour le score total, l’étendue possible va de –72 à +72.

Un score élevé indique des croyances plus favorables concernant la capacité à savourer les expériences positives. Un score faible, ou négatif, indique davantage de difficultés ou d’attitudes défavorables à l’égard du fait de savourer.

6. Interprétation prudente

La validation française soutient une structure en trois facteurs : anticipation, plaisir du moment présent et réminiscence. Le modèle à trois facteurs est préférable au modèle à un facteur, même si un score total peut également être calculé. Les auteurs rapportent une très bonne fiabilité pour les trois sous-scores et pour le score total.  Il vaut donc mieux interpréter les scores de manière dimensionnelle : plus le score est élevé, plus la capacité perçue à savourer est importante ; plus il est bas, plus il peut signaler un domaine à explorer ou à travailler cliniquement.

PSYRATS



Les échelles de cotation des symptômes psychotiques, Psychotic symptom rating scales, des échelles destinées à mesurer différentes dimensions des symptômes psychotiques, en particulier les hallucinations auditives et les idées délirantes. L’étude montre que ces échelles sont très fiables lorsqu’elles sont utilisées par différents évaluateurs, ce qui signifie que plusieurs cliniciens obtiennent des résultats similaires en les administrant. Les PSYRATS apparaissent donc comme des outils cliniques utiles pour évaluer plus finement la sévérité et les caractéristiques des hallucinations auditives et des idées délirantes. Elles ne remplacent pas nécessairement les autres échelles existantes, mais peuvent les compléter, notamment lorsqu’on cherche à suivre l’évolution de dimensions précises des symptômes sous traitement psychologique ou pharmacologique.

L’échelle d’insight cognitif de Beck

L’échelle d’insight cognitif de Beck ou en anglais Beck Cognitive Insight Scale comprend deux échelles : une échelle d’introspection et de reconnaissance de la sa faillibilité, appelée échelle d’auto-réflexivité et une échelle de confiance augmentée au sujet des croyance et des jugement.
L’échelle mesure les processus cognitifs impliqués dans l’évaluation des expériences anormales ou leur mauvaise interprétation.
Composant 1 (Auto-réflexivité – Self-reflectiveness) introspection et volonté de reconnaître sa faillibilité.
Somme des items : 1, 3, 4, 5, 6, 8, 12, 14, et 15.
Composant 2 (Confiance augmentée – Self-certainty) certitude au sujet des croyances et des jugements.
Somme des items : 2, 7, 9, 10, 11 et 13.
L’échelle a été validée en français : Favrod J, Zimmermann G, Raffard S, Pomini V, Khazaal Y: The beck cognitive insight scale in outpatients with psychotic disorders: Further evidence from a french-speaking sample. Canadian journal of psychiatry 2008;53:783-787.

La BCIS est un instrument largement diffusé, bref et conceptuellement influent, qui a contribué à rendre mesurable la notion d’insight cognitif. Sa force psychométrique est globalement acceptable à bonne, surtout pour un usage de recherche ou d’évaluation clinique exploratoire. Sa principale solidité est la reproductibilité générale de ses deux dimensions, auto-réflexivité et auto-certitude. Sa principale limite est que la cohérence interne, notamment de l’auto-certitude, est parfois seulement modérée, et que l’insight cognitif ne doit pas être confondu avec l’insight clinique classique. Une revue récente rappelle d’ailleurs que l’insight cognitif et l’insight clinique ne sont que modestement corrélés, ce qui impose de choisir l’échelle en fonction de ce que l’on souhaite réellement mesurer.